Voir aussi publié le même jour : La vie des hommes infâmes (variation législative).

Lorsque la boue, l’absence et le semblant envahissent soudainement l’existence, par les atours d’hommes et de femmes bien intentionnés, sûrs de leurs bons droits de citoyens honnêtes et socialement reconnus, il y a le choix entre sombrer, évacuer toute idée qu’autre chose serait possible, ou alors chercher dans l’urgence cet autrement que l’on croit encore possible, histoire de rester vivant encore un peu. Cet autrement qui n’est pas boue, absence ou semblant, est instinctivement en soi ; mais les forces contraires l’ont provisoirement étouffé, sali, avili. Dans l’urgence, j’ai recueilli ce faible autrement qui restait de moi, le possible apparent de mon autre, et j’ai pris le support du possible autrement le plus immédiatement tangible et non discutable, une pensée mise à disposition et présente dans un volume posé sur un bureau que j’aurais pu déserter parce que physiquement et moralement à terre : un texte écrit avec intelligence par celui – Michel Foucault – dont la personnalité dans la vie réelle a bien gêné la boue, l’absence et le semblant. En bref, intituler un texte « la vie des hommes infâmes » est déjà miraculeux et salvateur. Un peu de semblant en moins. Il peut être lu aussi par ces hommes et femmes bien intentionnés et restitué de manière boueuse et absente, recouvert d’un vernis collectif et partagé dissimulateur. Je l’ai lu moi pour ce qu’il recèle d’autrement et pour ce qu’il ne me mettait pas à terre. Je cite : « A la moindre incartade on est déjà dans l’abominable, ou du moins dans le discours de l’invective et de l’exécration.  Ces femmes sans mœurs et ces enfants enragés ne pâlissent pas à côté de Néron ou de Rodogune. Le discours du pouvoir à l’âge classique, comme le discours qui s’adresse à lui, engendre des monstres ». Je devrais être ce monstre produit par un discours ; pas celui de la littérature classique, celui de ces hommes et femmes que la femme-mère bouscule au plus profond d’eux-mêmes, et qui ne trouvent de salut personnel que dans son abattement. Ils se restaurent chaque fois qu’ils ont porté un coup, prêt à mettre les suivants, organisateurs d’un grand lynchage qui ne se dit pas puisque tout le monde est d’accord. Discours rôdé et circulaire, producteur de ce qu’il désigne de sa vindicte, qui ne se parle qu’à lui-même et avec le ferme espoir de faire des victimes et de se repaître du butin ainsi libre : l’enfant. Hommes in-femmes mais in-hommables : ils n’existent pas. Seul le monstre existe.

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